lundi 11 avril 2016
RD Congo : Moïse Katumbi se jette à l’eau.
Moïse Katumbi, ici à Goma en 2014. © KENNY KATOMBE/REUTERS
Devenu l'adversaire de Joseph Kabila depuis qu'il a claqué la porte du parti présidentiel, l'ancien gouverneur du Katanga sera-t-il candidat à la présidentielle de novembre ? C'est plus que probable : le 30 mars, une plateforme groupant sept partis d'opposition lui a officiellement demandé d'être son champion.
Le marigot politique congolais était déjà passablement agité. Et pourtant, le nouveau pavé qu’y a lancé Moïse Katumbi n’est pas passé inaperçu : le 30 mars, il est devenu le premier candidat à l’élection présidentielle officiellement investi.
Cette décision est l’œuvre du G7, un groupement de sept partis, jadis tous membres de la majorité. Dans sa résolution, cette plateforme demande à l’ancien gouverneur du Katanga de « bien vouloir » se présenter au prochain scrutin présidentiel et l’assure de son soutien.
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Ses ambitions présidentielles
Depuis qu’il a claqué la porte du parti du président Joseph Kabila, en septembre 2015, les ambitions de Moïse Katumbi ne sont plus un mystère. Ce qui l’est un peu plus, c’est le moment choisi pour cette annonce, coordonnée avec le G7, dont il est très proche. En principe, l’élection doit se tenir en novembre, ce qui lui promet une campagne de huit mois. Du moins au minimum, car, pour l’instant, rien n’est prêt pour ce scrutin qui doit marquer la fin du second et dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila. Dans sa résolution du 29 mars, le Conseil de sécurité de l’ONU a ainsi exprimé sa « profonde préoccupation » à propos des « retards survenus dans les préparatifs » de cette échéance électorale.
Avec cette investiture, il veut prendre l’initiative, imposer à la fois son rythme et l’idée que cette élection aura bien lieu
L’opposition congolaise et les chancelleries occidentales doutent de la volonté du chef de l’État d’organiser le scrutin dans les temps. La maîtrise du calendrier reste en effet l’une de ses atouts maîtres. Or Moïse Katumbi, qui accorde un soin tout particulier au timing de ses annonces, ne veut pas s’y soumettre. Avec cette investiture, il veut prendre l’initiative, imposer à la fois son rythme et l’idée que cette élection aura bien lieu.
« Le G7 a raison de jouer sa propre partition, assure l’un de ses proches. Il faut qu’ils soient prêts pour novembre. Ainsi, ils ne risquent pas d’être désarçonnés si le pouvoir tente de les prendre de vitesse en organisant rapidement le scrutin. S’il n’est pas en mesure de le faire le jour J, le G7 pourra dire : « Nous étions prêts, c’est vous qui avez failli à vos responsabilités. » »
Les risques de sa stratégie
Cette stratégie n’est toutefois pas sans risques. Le principal serait que le reste de l’opposition prenne ombrage de ce départ anticipé et non concerté. Le tout nouveau Front citoyen 2016, coalition de l’opposition et de la société civile qui veut forcer Kabila au départ, encore fragile, pourrait se fissurer.
« Bien sûr, il est compréhensible que des hommes politiques s’organisent en vue de la présidentielle, convient un cadre de cette coalition. Mais le moment choisi me paraît inopportun. La priorité, c’est d’obtenir des élections qui permettent l’alternance. Une fois que nous aurons obtenu l’assurance qu’elles auront bel et bien lieu, libre à chacun de se déclarer candidat. Si nous faisons l’inverse, les leaders de l’opposition risquent de retourner à leurs querelles de leadership et de se diviser. »
Un accord avec Bemba serait pain bénit pour Katumbi : il lui ouvrirait une bonne partie de l’électorat, crucial, de l’Ouest
Sans doute pour conjurer ce scénario, Katumbi n’a pas immédiatement confirmé sa candidature. « Le plus important pour moi, c’est qu’il y ait un candidat commun, assure-il à J.A. Je ne veux pas diviser l’opposition. Je donnerai ma position quand j’aurai fini mes consultations. » C’est avec l’Union pour la nation congolaise (UNC), bien implantée dans l’extrême est du pays, qu’elles sont le plus avancées. Rien n’est toutefois encore joué : son chef, Vital Kamerhe, est parfois insaisissable.Jean-Pierre Bemba, le chef du Mouvement de libération du Congo (MLC), détenu à la Cour pénale internationale, préfère pour sa part être définitivement fixé sur son sort avant de prendre une décision.
Mais il a une revanche à prendre sur le président Kabila, à qui il attribue la responsabilité de sa détention. Un accord avec Bemba serait pain bénit pour Katumbi : il lui ouvrirait une bonne partie de l’électorat, crucial, de l’Ouest. S’il était élu, il serait en effet le troisième président consécutif issu du Katanga, donc de l’Est, ce qui n’a rien d’évident dans ce pays régionalement divisé.
Reste Étienne Tshisekedi, « l’opposant historique », dont le nom résonne encore dans l’esprit de nombreux Congolais, malgré son exil belge et ses 83 printemps. Méfiant, ce dernier acceptera difficilement de faire partie d’une coalition qu’il ne dirige pas. Moïse Katumbi, qui s’appuie dans ces discussions sur son frère, Raphaël Katebe Katoto, très proche de Tshisekedi, devra déployer des trésors de diplomatie pour ménager sa susceptibilité.
Un front qui inquiète le pouvoir
Du côté du pouvoir, on fera évidemment tout pour diviser ce front. Le « dialogue » que le gouvernement propose depuis des mois à l’opposition, et en particulier à Tshisekedi, reste sa carte maîtresse. Il pourrait déboucher sur un maintien négocié de Kabila à la présidence pour une durée déterminée, voire sur la formation d’un gouvernement d’union nationale qui isolerait Katumbi. « Cette initiative du président a le soutien de l’UA et de l’ONU, comme l’a rappelé la dernière résolution du Conseil de sécurité », se félicite Tryphon Kin Kiey Mulumba, ministre des Relations avec le Parlement et fervent partisan d’un maintien de Kabila au pouvoir.
Je vais rencontrer l’opposition et la société civile en France, en Angleterre, aux États-Unis et peut-être au Canada, confie Moïse Katumbi
Quelles que soient les précautions que Moïse Katumbi prendra pour ne pas compromettre une large alliance de l’opposition, il n’entend pas ralentir. « Je vais rencontrer l’opposition et la société civile en France, en Angleterre, aux États-Unis et peut-être au Canada, confie-t-il à J.A. Je vais aussi faire le safari [« voyage », en swahili] que j’avais annoncé dans toutes les provinces du Congo. Je commencerai par Goma. » Cette ville frondeuse de l’Est, où il devrait se rendre à la mi-avril, n’a pas été choisie au hasard.
Fief de la première dame, Olive Lembe, elle est aussi le berceau de La Lucha, ce mouvement citoyen redouté du pouvoir et qui tente d’essaimer partout dans le pays. Confiant dans sa popularité sur les rives du lac Kivu, Katumbi veut y faire une démonstration de force et créer une dynamique. Si l’on ignore encore sa durée, le coup d’envoi du marathon électoral a été donné. Et Katumbi a bien l’intention de faire la course en tête.
UN G7 À LA CONGOLAISE
Cette alliance regroupe sept leaders de partis politiques : Pierre Lumbi, Olivier Kamitatu, José Endundo, Dany Banza, Gabriel Kyungu, Charles Mwando et Christophe Lutundula.
Avant leur rupture avec la majorité, en septembre 2015, leurs partis représentaient encore plus d’un cinquième des 500 députés. Parmi eux, 80 ont participé au lancement de la plateforme. Après un intense lobbying de la majorité et des scissions, ils ne seraient plus aujourd’hui qu’une quarantaine.
Ces partis gardent toutefois des structures sur le terrain, notamment le Mouvement social pour le renouveau (MSR) de Pierre Lumbi, l’ex-conseiller sécurité du président Kabila. Elle était la deuxième formation de la majorité, derrière le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD).
Source: Jeune Afrique
La réaction du groupe Dangote après sa citation dans les « Panama Papers »
Aliko Dangote. © Bénédicte Kurzen/NOOR
Interrogé par "Jeune Afrique" après sa citation par deux médias français et nigérian associés aux "Panama Papers", le groupe du tycoon Aliko Dangote renvoie à son statut "d'investisseur global" et assure se mettre en conformité "avec les lois et réglementations de tous les pays" où il intervient.
Le groupe d’Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique, réagit, après avoir été cité en tant qu’actionnaire de plusieurs sociétés domiciliées au Panama, aux îles Vierges britanniques et aux Seychelles, par Le Monde (le 5 avril) et Premium Times (le 7 avril), deux des médias associés aux « Panama Papers« , l’enquête internationale sur les clients de Mossack Fonseca, une firme panaméenne chargée de créer et domicilier des sociétés basées dans des paradis fiscaux.
« Aliko Dangote est un investisseur global et il est assez normal pour des investisseurs à l’échelle mondiale, mon patron inclus, de détenir des participations dans des sociétés offshore. Par principe, nous nous assurons d’une stricte conformité avec les lois et les réglementations, quel que soit le pays où nous opérons », a indiqué par courriel Anthony Chiejina, le directeur de la communication du Dangote Group, en réponse aux questions de Jeune Afrique.
Selon le quotidien français Le Monde, qui cite les « Panama Papers », Aliko Dangote a été l’un des actionnaires de la société pétrolière Ovlas Trading SA enregistrée en 2003 par Mossack Fonseca aux îles Vierges britanniques et dirigée par son neveu, Sayyu Dantata.
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Des liens avec plusieurs autres sociétés offshore réfutés par le groupe
Ce dernier dirige MRS Holdings qui est présent au Nigeria, au Cameroun, au Bénin, au Togo et en Côte d’Ivoire, dans les carburants et les lubrifiants.
Selon un document consulté par Le Monde daté de 2009, les deux hommes sont actionnaires d’Ovlas Trading SA, qui était doté d’un capital d’un million de dollars. Toujours selon le quotidien français, l’autre actionnaire d’Ovlas Trading SA a été la société Oil & Gas Co Ltd, l’une des filiales de MRS Holdings (ainsi que cela figure sur le site de MRS).
En 2011, toujours selon Le Monde et les « Panama papers », Ovlas SA change de nom pour devenir Petrowest SA, et de juridiction pour s’établir aux Seychelles.
À noter que Petrowest SA n’apparaît pas dans les filiales de MRS. En revanche, la société Petro West LTD est mentionnée sans que l’on puisse établir si elle correspond à la même entité.
Pour Le Monde, Sayyu Dantata est le principal actionnaire de Petrowest SA aux côtés de Patrice Alberti. Ce dernier est un ancien banquier de BNP Paribas, où il était spécialisé sur l’Afrique de l’Ouest, avant de rejoindre MRS Group en 2004.
En ce qui concerne la participation d’Aliko Dangote à l’actionnariat de Petrowest SA et dans plusieurs autres sociétés aux Seychelles et au Panama, évoquée par Premium Times au Nigeria, elle a été « catégoriquement » nié par le groupe dans une réaction publié par le site d’information nigérian.
Benjamin Polle
Source: Jeune Afrique
mercredi 6 avril 2016
mardi 5 avril 2016
lundi 4 avril 2016
RDC : 40 à 50 millions de dollars de l’État pour la quatrième banque du pays fermée lundi
Siege de la BIAC à Kinshasa (RDC) en septembre 2012. © Baudouin Mouanda pour JA
Une enveloppe de la Banque centrale du Congo (BCC) pour la Banque internationale pour l'Afrique au Congo (BIAC) doit être entérinée au retour à Kinshasa, lundi, du Premier ministre Augustin Matata Ponyo, a appris "Jeune Afrique" lundi alors que les 150 agences de la quatrième banque de détail du pays, fermées depuis le 1er avril, demeurent closes lundi.
Une enveloppe de financement pour la Banque internationale pour l’Afrique au Congo (Biac) — qui a concédé « une tension passagère de liquidité » après la « brutale suspension » d’un financement que lui octroyait la Banque Centrale du Congo — doit être entérinée au retour à Kinshasa, lundi, du Premier ministre Augustin Matata Ponyo , a appris « Jeune Afrique » le 4 avril.
À son retour d’une réunion conjointe de la commission de l’Union africaine et de la Commission économique pour l’Afrique à laquelle il assistait à Addis-Abeba, le contour exact des « mesures urgentes » annoncées par la BCC dimanche doit être arrêté, a fait savoir Jules Bondombe Assango, le vice-gouverneur de la BCC. « L’option retenue consiste entre un mix de financements de la BCC et une recapitalisation de la banque par un nouvel investisseur », a-t-il indiqué au téléphone le 4 avril depuis Addis-Abeba.
40 et 50 millions de dollars pour rassurer les marchés et les déposants
Selon une autre source proche de la Biac, l’enveloppe de ce financement s’élèvera entre 40 et 50 millions de dollars. Elle sera composée d’un réescompte de 16 milliards de francs congolais (environ 14,8 millions d’euros déjà annoncés le 30 mars), une garantie du Gouvernement sur des des créances publiques et d’un refinancement. « L’objectif de cette enveloppe est de rassurer les autres banques qui ne se prêtent plus entre elles et d’éviter le ‘bank run’ des 340 000 déposants de la Biac », explique cette source.
Dimanche, déjà, le gouverneur de la BCC, Deogratias Mutombo Mwana Nyembo, avait appelé à un « retour au fonctionnement normal de la Biac dès mardi », après des rencontres avec la nouvelle direction de la banque et avec le ministère des Finances, selon un communiqué du 3 avril.
Banques fermées et retraits limités
Après le changement de direction de la banque en fin de semaine, le réseau de 150 agences de la quatrième banque de détail est fermé lundi pour cause « d’inventaire », a fait savoir la Biac, et les retraits ont été limités à 500 000 francs congolais, selon Bloomberg.
Celle-ci concédait, dans une série de trois communiqués rendus publics les 28, 30 et 31 mars, « une tension passagère de liquidité » après la « brutale suspension » du « refinancement plafonné à hauteur de 40 milliards de francs congolais (37,5 millions d’euros) » que lui assurait mensuellement la Banque Centrale du Congo (BCC) « jusqu’en février 2016 ».
« La décision d’interrompre le financement de la Biac était une des mesure du gouvernement pour stabiliser le taux change du franc vis-à-vis du dollar », dit Jules Bondombe Assango au sujet de cette interruption.
Pour notre source proche de la Biac, les 40 milliards de francs mensuels « visaient à compenser la forte exposition au secteur public dans le portefeuille de crédits de la Biac (30%), des prêts libellés en francs alors que 77% des dépôts de la banque sont en dollars, et à couvrir des dettes publiques en souffrance. Lorsque la BCC a constaté un léger glissement du franc par rapport au dollar, elle a décidé de couper le refinancement en francs de la Biac ».
Source: Jeune Afrique.
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