Le décès soudain de Cheick Tioté à l'âge de 30 ans, lundi, victime d’un arrêt cardiaque lors d’un entraînement avec son club chinois de Beijing Enterprises Group FC (Ligue 2), a bouleversé le monde du football, et pas seulement en Côte d’Ivoire. Jeune Afrique a pu recueillir plusieurs témoignages de ceux qui ont côtoyé l’ancien défenseur international (55 sélections), passé par Anderlecht, Roda et surtout Newcastle United.
Vahid Halilhodzic a rappelé moins de deux heures après le message laissé sur son portable, alors que le Bosniaque prépare les qualifications pour la Coupe du monde 2018 avec le Japon. L’ex-sélectionneur des Éléphants (2008-2010) est abattu par l’annonce du décès de Tioté, à qui il avait donné sa chance en équipe nationale pour la première fois en 2009. « Je suis bouleversé. C’était un garçon attachant, modeste, vraiment adorable. Le monde est cruel. Cheikh était discret, il ne parlait pas beaucoup, mais sur le terrain, c’était un vrai guerrier. Je pense à sa femme, à ses enfants, à toute sa famille et à ses proches. Il est parti à 30 ans, ce n’est pas un âge pour mourir ».
Le sélectionneur du Japon avait appelé pour la première fois Tioté en sélection en mars 2009 sans le faire jouer. Le natif de Yamoussoukro attendra le mois d’août suivant et un match amical face à la Tunisie à Sousse (0-0). « Il jouait au Pays-Bas, à Twente, quand je l’avais repéré. Je me souviens de quelques séances d’entraînement où il donnait tout, comme en match. Un jour, Yaya Touré était même venu me dire, après quelques duels acharnés : ‘coach, il faut le calmer un peu’. Cheick était très professionnel, rigoureux, très à l’écoute. »
Georges Kouadio, qui avait brièvement succédé à Halilhodzic en 2010, conserve également une excellente image de Tioté. « C’était un homme humble, honnête. Il faisait son métier avec beaucoup de sérieux. Ce n’est pas celui qu’on entendait le plus. Il était réservé. C’était un bon défenseur, et la Côte d’Ivoire perd beaucoup. »
Cheick Tioté avait vraiment débuté le football au CFBibo, un centre de formation situé à Treichville, un quartier très populaire d’Abidjan. Mamadou Bibo, qui a créé cette académie, se souvient parfaitement de lui. « Il allait à l’école à Treichville. C’est un de ses amis qui m’avait parlé de lui. J’étais allé le voir jouer, et au début, je doutais un peu. Finalement, il m’a convaincu et il est venu au centre de formation. En 2005, les Belges d’Anderlecht ne l’avaient pas tout de suite fait signer. Mais ils étaient revenus pour l’observer, et la seconde fois, ils n’avaient pas hésité. Tioté était un joueur qui donnait tout sur le terrain. Perdre était une épreuve, même un match amical, même un match de quartier. »
Le joueur avait perdu très jeune son père, officier dans l’armée ivoirienne. « Il venait d’une famille très modeste. Plus tard, il a perdu sa mère. Je l’ai traité comme mon fils et plus tard, il a assumé son rôle auprès de ses nombreux frères et sœurs », poursuit le formateur. « Je lui avais laissé un message lundi. Il ne m’avait pas répondu tout de suite, mais je n’étais pas inquiet. Et j’ai appris la terrible nouvelle un peu plus tard. »
L’ancien défenseur des Éléphants est aussi devenu champion d’Afrique en 2015, sous les ordres de Hervé Renard
L’ancien défenseur des Éléphants est aussi devenu champion d’Afrique en 2015, sous les ordres du Français Hervé Renard. « C’est avec une immense tristesse que nous avons appris son décès. Je dis nous, car mon staff et moi sommes en regroupement avec le Maroc. Et nous sommes cinq à l’avoir connu sous les couleurs de la Côte d’Ivoire », explique le sélectionneur des Lions de l’Atlas, qui avait plusieurs fois confié avoir apprécié de travailler avec un défenseur « bon techniquement, rigoureux, et qui était un homme très agréable. »
Fousseny Coulibaly, qui a croisé plusieurs fois Tioté chez les Éléphants, avait fait de lui un exemple. « Il avait trois ans de plus que moi, c’était un grand frère. Il me donnait des conseils. Sa parole était rare, et quand il disait quelque chose, je l’écoutais. Il m’impressionnait par son professionnalisme. Il bossait beaucoup et ne supportait pas la défaite », intervient le défenseur de l’Espérance Tunis. De son côté, Emmanuel Eboué (79 sélections) n’arrive toujours pas à croire au décès de son ancien coéquipier. « Je savais qu’il avait eu un problème au genou. Mais le cœur… Je suis abattu, car c’était quelqu’un de bien, qui était respectueux de son métier, de ceux avec qui il travaillait », explique l’ancien joueur d’Arsenal et de Galatasaray. « Cheick, il était timide en dehors du terrain. Je me rappelle d’un match Arsenal-Newcastle. On menait 4-0 à la mi-temps et ils reviennent à 4-4. C’est lui qui avait égalisé. Il était fou de joie. Son seul but avec Newcastle… Il nous arrivait de nous voir à Londres. Et je sais que je ne le reverrai plus… »
Sékou Cissé : « J’ai perdu mon ami »
Et puis, il a son ami d’enfance, Sékou Cissé (GFC Ajaccio), lui aussi formé au CF Bibo, et qui avait parlé à Tioté il y a une dizaine de jours. « Je venais d’arriver à Abidjan pour les vacances. Il m’avait appelé pour me demander si le voyage s’était bien passé… Cheick, je le connaissais depuis qu’on avait 7 ou 8 ans. J’étais le premier à avoir quitté le centre pour l’Europe. J’avais signé à Roda, aux Pays-Bas. Cheick était arrivé un an plus tard à Anderlecht. Mais lors des deux premières années en Belgique, son temps de jeu était réduit. J’avais parlé de lui à mes dirigeants à Roda et il était venu en prêt une saison (2007-2008). »
Les deux hommes, devenus internationaux à un an d’intervalle (en 2008 pour Cissé, en 2009 pour Tioté), avaient toujours conservé une vraie proximité. « Il était aussi discret dans la vie que battant sur le terrain. Sur la pelouse, c’était un dur. Cheick était aussi un musulman pratiquant. Nous avions le projet d’aller à La Mecque d’ici un an. » À Abidjan, Sékou Cissé va désormais passer beaucoup de temps avec la femme de Tioté, qui doit donner naissance au quatrième enfant du couple dans quelques jours. « Elle va avoir besoin de notre soutien. C’est vraiment une terrible nouvelle. Je suis bouleversé. J’ai perdu mon ami. » Les obsèques de Cheick Tioté auront lieu prochainement, probablement à Yamoussoukro, sa ville natale.
Source: Jeune Afrique
ENTRETIEN. Collectionneur d'art, marié à Isabel dos Santos, fille du président angolais, Sindika Dokolo a pu donner l'impression d'osciller entre art et politique. Il explique.
La situation est de plus en plus inquiétante en RD Congo, où les violences se multiplient. Plusieurs dizaines de milliers de Congolais ont été contraints de fuir le Kasaï, dans le centre du pays, pour trouver refuge en Angola voisin, où certains d'entre eux ont été maltraités dans une quasi-indifférence des autorités de Kinshasa. Congolais lui-même, Sindika Dokolo a été sensible à la détresse de ses compatriotes réfugiés en Angola, à qui il a accordé une aide humanitaire. D'ordinaire discret et peu loquace, ce quadra, collectionneur d'art et homme d'affaires, marié à Isabel dos Santos, considérée comme la femme la plus riche d'Afrique, a manifesté son indignation sur les réseaux sociaux et a montré un certain pessimisme quant à la situation en RDC caractérisée par un processus électoral loin d'inspirer confiance. Alors que certains lui prêtent l'intention de se porter candidat à l'élection présidentielle prévue en décembre 2017, entre art et politique, il a livré au Point Afrique le fond de sa pensée.
Le Point Afrique : pourquoi avez-vous fait ce geste humanitaire à l'endroit de ce groupe de réfugiés congolais en Angola ?
Sindika Dokolo : Ça fait longtemps que je suis sensible à la détresse de nos compatriotes, notamment dans l'est du pays. J'ai plusieurs associations caritatives – dont Téléma au Congo et une association culturelle à Luanda – qui ont déjà effectué des travaux de soutien dans des situations de crise. Cette fois-ci, j'en ai parlé pour deux raisons : la première, car cela s'est passé à Dundo, où ma fondation intervient dans le cadre de la récupération des œuvres tchokwe volées dans le musée local pendant la guerre d'Angola. J'ai les moyens logistiques d'agir sur place ; et la seconde raison est qu'à la différence des précédentes crises qui ont entraîné des migrations ou des mouvements de populations du Congo vers l'Angola, celle-ci présente des cas choquants. J'ai été choqué. J'ai vu des images. On m'a rapporté des témoignages de personnes qui ont été battues, violées, blessées à la machette… Des dizaines d'enfants sont venus sans parents, etc. C'est vraiment sans précédent.
Visiblement, les autorités congolaises n'ont pas réagi au mauvais traitement infligé à des ressortissants congolais à leur arrivée à Luanda...
Ce que le gouvernement congolais dit et fait ne m'engage pas et ne m'intéresse pas. On a l'impression qu'il y a une rhétorique. Il semble avoir réponse à tout, mais il ne résout rien. On dit que les Kamwina Nsapu (NDLR : les milices officiellement tenues pour responsables des violences) sont des villageois munis de bâtons, mais on constate que des gens sont blessés par balle. Des militaires ont fui la RDC pour aller en Angola. Je ne sais pas si on les a chassés à coups de bâton. Mais tout cela sent la mise en scène et, quand on regarde le bilan humain, ça suscite des suspicions terribles. Si on regarde tout ce qui se passe dans l'Est, le Kasaï et le Congo central, etc., on se demande si on n'est pas en face d'une stratégie ou d'une politique délibérée.
Ce n'est pas la première fois que des Congolais se réfugient massivement dans un pays voisin après une vague de violences internes. Peut-on imaginer que vous étendiez votre aide à d'autres réfugiés congolais ?
Cela a déjà été le cas. Je ne fais pas de publicité autour des actions caritatives que je mène. J'ai une fondation à Kinshasa, avec un budget d'environ 1 million de dollars par an. J'apporte de l'aide pour les orphelinats, les hôpitaux, la rentrée scolaire, etc. Je suis donc déjà très présent sur ce segment-là. Mais il se trouve que cela se passe à Dundo, où ma fondation est présente, et j'ai été très choqué par l'état des réfugiés, leur état de détresse et de traumatisme, je m'en suis fait l'écho. Il ne s'agit pas, pour moi, de faire de publicité. Je n'ai rien à vendre. J'ai simplement voulu alerter l'opinion, faire part de mon indignation et de ma préoccupation. Je ne pensais pas voir un jour une telle chose au Congo.
Sous quelle forme cette aide humanitaire s'est-elle manifestée ?
On a envoyé 200 tonnes d'aliments divers : du riz, de l'huile, de la farine, etc. Il y avait une série de choses. On prépare une autre livraison, de produits pharmaceutiques cette fois-ci.
Le Congo est, si on peut dire, le champion du monde des déplacés avec environ 3,7 millions de personnes concernées, selon un rapport récent du Conseil norvégien des réfugiés…
Ce sont des chiffres dont on n'arrive pas à prendre la mesure. Mais, si on prend en compte chaque enfant, chaque femme, chaque vieillard, tous complètement déracinés et qui ne savent pas comment ils vont survivre, c'est une somme de tragédies humaines qui est terrible. En tant que Congolais et Africain, ce qui me préoccupe beaucoup, c'est qu'on ne peut pas dresser un bilan de la situation sans envisager les conséquences d'un tel drame dans les 20 ou 30 prochaines années. Il ne s'agit pas de traiter uniquement la question au plan humanitaire, mais également au plan social et sur le moyen et long terme. Ces déplacés et ces réfugiés sont des populations livrées à des violences et à des exactions de toutes sortes, qui ne vont pas à l'école et qui ont moins de 1 000 mots de vocabulaire. Il sera difficile de les réintégrer plus tard. Leur réintégration hypothèque la stabilité de tout le centre de l'Afrique. Il y aura toujours une fragilité et une instabilité qui pèseront sur l'avenir de toute la sous-région. Il est absolument impossible d'envisager une situation de paix et de développement à terme avec des réalités pareilles. C'est très préoccupant.
Quel regard portez-vous sur le phénomène Kamwina Nsapu dans le Kasaï ?
C'est très difficile de se prononcer sur des cas qui ont tellement de particularismes et de particularités culturelles… Ces populations ont une religion particulière. Il y a une donne socio-politique et une donne ethno-tribale également particulières. Je constate toutefois que le bilan de la gestion que le gouvernement a faite de cette situation qui, apparemment, au départ, était une affaire de succession est catastrophique. Je m'étonne qu'aucune sanction ou démission n'ait été envisagée. À aucun moment, on n'a cherché à établir les responsabilités. Ces villageois semblent bénéficier d'un soutien ou instrumentalisés sous un nouveau format complètement paramilitaire.
Que pensez-vous des sanctions de l'Union européenne contre des personnalités congolaises ?
Je me méfie toujours de ce type de sanctions. C'est un droit qui est appliqué à certains dirigeants et parfois de manière subjective. Je serais toutefois favorable à tout ce qui peut contribuer à faire prendre conscience au président Kabila que vouloir se maintenir au pouvoir à tout prix, quitte à instrumentaliser, à racheter les opposants, à dédoubler les partis, à instruire des procès fantaisistes des opposants qui pourraient constituer un danger pour sa stratégie de maintien au pouvoir, n'est pas une solution.
Vous vous exprimez de plus en plus sur les réseaux sociaux sur la situation en RDC… À quoi ce changement de comportement de votre part est-il dû ?
Je suis né au plus fort du Mobutisme, pendant la IIe République. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas de prénom chrétien (NDLR : les prénoms chrétiens étaient interdits à l'époque au Zaïre). Je sais ce que c'est que de vivre dans un système de parti unique, où on n'a pas le droit d'exprimer une autre opinion. Je sais à quel point le fait d'avoir cette liberté d'opinion, la possibilité de sanctionner les responsables politiques à intervalles réguliers, dans un cadre transparent, légitime et crédible, est un acquis précieux. J'ai l'impression qu'au Congo on est en train de perdre cette perspective, et moi, en tant que citoyen congolais, je ne veux pas être absent de ce combat-là pour défendre les acquis démocratiques.
2017 est une année électorale en RDC, sur le papier tout au moins. Et la Constitution n'autorise pas Kabila à briguer un nouveau mandat… Avez-vous des ambitions présidentielles ?
2017 ne sera pas une année électorale tout simplement parce qu'il n'y a pas eu une volonté politique d'organiser le scrutin en 2016 et il n'y a pas une volonté politique de le faire en 2017. Le problème n'est pas d'avoir des élections coûte que coûte, mais de ramener la paix au Congo et de se remettre au travail. Pour ça, il nous faut des élections crédibles et transparentes. Aujourd'hui, on nous dit : « Allons aux élections, c'est le plus important. » Mais Moïse Katumbi ne peut pas rentrer parce qu'on lui a collé un procès fantaisiste sur la tête. Ce n'est pas mon avis, mais les conclusions d'une étude approfondie des évêques qui, je pense, sont au-dessus de tout soupçon. Si les élections ne sont ni crédibles ni organisées dans les délais, c'est là le grand problème. Quelles conséquences ces deux facteurs auraient-ils sur l'escalade de la violence et de l'instabilité que l'on a à l'heure actuelle ? Je salue l'attitude de l'Union africaine qui essaie d'être solidaire du Congo et du gouvernement, et d'avoir en même temps un dialogue exigeant en demandant au gouvernement de faire preuve de bonne volonté et d'accepter le principe qu'effectivement il n'y a pas de passage en force. Saboter le processus pour essayer de tenir un référendum, réviser la Constitution, renvoyer les élections aux calendes grecques ou organiser des ersatz d'élections ou une parodie d'élections…, tout cela n'est plus acceptable. Il est important que le gouvernement congolais comprenne que beaucoup de gens, et même l'opinion publique congolaise, sont attentifs à la situation au Congo et qu'on ne va plus pouvoir faire de petits tours de passe-passe ou des effets de manche comme on l'a fait jusqu'ici. Le Congo n'a pas besoin de plus de politiciens et de plus de candidats ou d'hommes providentiels. Je ne prends pas la parole parce que j'ai des ambitions politiques. Il y a suffisamment de politiciens qui le font. Ce qui est important pour le Congo, c'est qu'on tourne cette page et que, demain, on puisse réformer la vie politique. Je n'ai pas de carrière politique. Je ne me positionne pas pour les élections.
N'empêche, vous êtes la cible d'un tir de barrage sur les réseaux sociaux pour vos prises de position qui ne plaisent pas dans certains milieux congolais…
Tout ce qui ne va pas dans le sens de la réalité virtuelle créée par le gouvernement est pris pour de la sédition, du mensonge ou de l'ambition. Ce que je veux, c'est parvenir, avec ma parole de patriote qui est libre, exigeante et sans concession, à inspirer d'autres Congolais qui n'ont pas d'ambitions politiques. Il faut dépolitiser la vie publique au Congo. On est sans doute le pays au monde qui détient le record du poids de la vie politique sur son économie, avec ses 26 provinces, ses gouvernements provinciaux, ses assemblées provinciales, ses 500 députés et ses 100 et quelques sénateurs. Le Congo souffre et meurt de la surpolitisation de sa vie publique. Il faut dégonfler tout cela. Je veux être un libre penseur qui arrive à proposer des idées, à prendre des positions qui peuvent inspirer et entraîner des Congolais vers une nouvelle manière de concevoir le vivre-ensemble, parce que je pense que c'est nécessaire. Je le fais avec d'autant plus de liberté et de tranquillité d'esprit que je ne suis pas en train de me monter un profil politique ou de me présenter à une élection.
Quelles sont vos relations avec l'ex-gouverneur Moïse Katumbi, candidat déclaré à la prochaine présidentielle ?
J'ai beaucoup d'admiration pour lui. Tant sur le plan personnel que pour la manière dont il gère ses propres affaires ou dont il a géré l'ex-province du Katanga. Ce serait inconcevable d'organiser des élections crédibles au Congo sans lui donner une chance de présenter son programme et d'être sanctionné par le vote des Congolais.
Votre voix irait donc tout naturellement au candidat Moïse Katumbi ?
C'est compliqué. Je ne sais pas s'il serait correct de dire pour qui on voterait. Mais je me sens très proche des idées et des valeurs de Moïse Katumbi. Je ne connais pas les autres candidats. En fait, c'est une vue de l'esprit, une question très théorique, car il n'y aura pas d'élections en 2017 et il n'y aura pas de bonnes élections en 2018. On est dans une espèce de fuite en avant permanente… C'est moi ou le désastre ! C'est moi ou Harmaguédon ! Cela n'est pas acceptable. Je me dresse contre ça.
Où en sont les démêlés judiciaires de la famille Dokolo avec l'État congolais ?
J'aurais aimé investir un peu plus au Congo. J'ai réussi à développer mes affaires en Angola. Je me suis beaucoup inspiré de l'expérience de mon père et des conseils qu'il m'a prodigués avant sa mort. J'ai tout simplement reproduit un modèle qu'il avait développé dans les années 60-70-80 au Zaïre et que j'aurais aimé appliquer au Congo. Mais, pour cela, il conviendrait que le pouvoir actuel reconnaisse que ma famille a été spoliée et qu'on lui rende au moins les choses qui lui ont été prises. C'est cela, le baromètre. Or, aujourd'hui, le siège de la banque de mon père « appartient » toujours à une banque katangaise. Compte tenu de l'histoire de ma famille, je ne me vois pas aller me mettre dans la gueule du loup, alors qu'on n'est pas capable de me rendre les biens qui me reviennent de droit.
Le pouvoir change de main en Angola en août… Connaissez-vous João Lourenço, le successeur de votre beau-père, Edouardo dos Santos, à la tête du pays ?
Oui, bien sûr. C'est quelqu'un de bien connu en Angola. Il a beaucoup travaillé au sein du MPLA. Il connaît vraiment les arcanes du parti de fond en comble. Il connaît la culture et les mentalités. C'est aussi un ancien militaire – cela est important dans un pays comme l'Angola. Il est de la nouvelle génération. Il forme, avec son épouse, une combinaison intéressante pour l'avenir de l'Angola qui est dans une phase de consolidation de ce qui a pu être fait depuis la fin de la guerre. Beaucoup de grands chantiers lancés sont sur le point d'être mis en service, par exemple dans le domaine énergétique, il y a 3 ou 4 barrages qui sont pratiquement terminés. Il y a de grands projets de construction de ports et d'aéroports, etc. Bien qu'on soit dans une période de crise, c'est un moment intéressant pour l'Angola, un moment de passage de témoin, en privilégiant la stabilité.
L'arrivée de João Lourenço peut-elle influer sur les relations entre l'Angola et la RDC ?
Je ne crois pas que cela change fondamentalement. Les relations entre les deux pays ont toujours été régies par des principes qui répondent à une certaine culture politique du MPLA et non à des aspects subjectifs comme des relations personnelles. L'intérêt de l'Angola a toujours été de créer des relations entre deux peuples, deux nations, et non entre deux individus. Je pense qu'il y aura une grande cohérence, une grande continuité et une stabilité…
Malgré tout, ces derniers temps, la situation semble tendue entre l'Angola et la RDC…
Je ne pense pas qu'on puisse parler d'une situation tendue. Cette situation, avec les crises à répétition et le manque de clarté sur leurs origines, entraîne forcément un changement d'attitude dans la manière dont on aborde les relations de voisinage. Il ne s'agit pas de relations qui se refroidissent ; il s'agit juste de relations exigeantes parce qu'on ne peut pas se permettre de créer ou de laisser se créer des zones d'instabilité, notamment à la frontière avec ses voisins.
L'Union européenne a décidé lundi 29 mai d'infliger des sanctions individuelles à neuf responsables de l'appareil sécuritaire de République démocratique du Congo, dont trois ministres ou anciens ministres du régime Kabila, pour de "graves violations des droits de l'Homme".
Neuf hauts responsables congolais sont désormais interdits de voyage dans l’Union européenne, et leurs avoirs y ont été gelés. Ces sanctions ont été prises lundi 29 mai par le Conseil Européen « en réponse aux entraves au processus électoral et aux violations des droits de l’homme qui y étaient liées ». C’est l’appareil sécuritaire congolais qui est visé à travers cette décision.
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Parmi les responsables sanctionnés figurent le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, actuellement en Chine, Kalev Mutondo, directeur de l’Agence nationale du renseignement (ANR), Ramazani Shadari, vice-Premier ministre et ministre de l’intérieur et de la sécurité, Jean-Claude Kazembe Musonda, ancien gouverneur du Haut-Katanga, Alex Kande Mupompa, Gouverneur du Kasaï central, Évariste Boshab, ancien vice-Premier ministre et ministre de l’intérieur et de la sécurité, Gédéon Kyungu Mutanga ancien chef de milices et deux commandants de brigades, Muhindo Akili Mundos, commandant de la 31e brigade des FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo), et Éric Ruhorimbere, général de brigade.
L’UE cherche à déstabiliser la RDC, comme la Libye ou l’Irak
Les sanctions interviennent au moment où l’UE reste « gravement préoccupée par la détérioration de la situation en RDC » et que la « crise dans le Kasaï a atteint une ampleur exceptionnelle sur le plan à la fois sécuritaire, humanitaire et des droits de l’Homme », selon le communiqué publié à Bruxelles.
Depuis septembre 2016, la région du Kasaï (centre du pays) est secouée par la rébellion de Kamwina Nsapu, chef traditionnel tué en août lors d’une opération militaire après s’être révolté contre les autorités de Kinshasa. Selon l’ONU, ces violences ont fait plus de 400 morts et causé le déplacement de 1,27 million de personnes.
« Nous préparons une plainte contre l’article du New York Times » publié le 20 mai dernier et accusant le député congolais Clément Kanku d’être derrière les violences au Kasaï, a indiqué lundi 29 mai à La Libre Afrique.be Me Dieudonné Tshibuabua Mbuyi, avocat aux barreaux de Bruxelles, Kinshasa et Kananga (Kasaï central) et membre du collectif de défense de l’élu.
« La conversation entre M. Clément Kanku et un de ses correspondants au Kasaï », qui sert de base à l’enquête annoncée par le Procureur général de la République le 23 mai, « a été tronquée », affirme l’avocat. Et Me Tshibuabua d’insister: « M. Kanku était l’élu de Dibaya. Il n’avait aucun intérêt à mettre le feu chez lui. On veut lui faire porter le chapeau mais cela ne tient pas debout ».
Clément Kanku, souligne l’avocat, veut une enquête internationale sur les événements du Kasaï et sur l’assassinat des deux experts de l’Onu qui y enquêtaient sur les massacres commis par les paysans insurgés et par les militaires et policiers chargés de la répression de ceux-ci. « Nous ne sommes pas dans le rôle de l’accusateur. Nous voulons simplement la vérité », ajoute Me Tshibuabua.
Il avait alerté en vain
L’enregistrement qui sert de base à l’accusation, dont la source n’a pas été officiellement citée, émanerait des services de renseignement congolais, qui avaient placé M. Kanku sur écoute, « ce que celui-ci savait », indique Me Tshibuabua. « M. Kanku avait alerté les autorités à plusieurs reprises sur le fait qu’un conflit dans sa circonscription était en train de dégénérer. Il recevait des appels téléphoniques réguliers des gens de chez lui qui le tenaient au courant de ce qui se passait. Jusqu’au début août 2016, il n’y a jamais eu de réaction ».
Selon l’avocat, c’est vers le 8 août qu’une délégation de députés nationaux originaires du Kasaï est descendue à Kananga – capitale de la province affectée, le Kasaï central – « en raison d’une mission de bons offices de Monsieur Kanku » pour tenter de ramener la paix dans ce conflit local. Ce dernier est né du refus des autorités congolaises de reconnaître, depuis 2012, à Jean-Pierre Pandi, son statut de chef coutumier (« Kamwina Nsapu ») alors qu’il a été choisi selon la tradition pour succéder à son oncle Anaclet, Kamwina Nsapu décédé.
La dernière conversation de Kamwina Nsapu
Lors de la visite de cette délégation de parlementaires, une conversation en tshiluba, accessible sur le net et abondamment commentée par les Kasaïens (à écouter ci-dessous), est entamée par téléphone entre les députés nationaux présents à Kananga et Kamwina Nsapu/Jean-Pierre Pandi, resté dans son village, pour tenter de trouver une solution au conflit. Selon la traduction que nous avons pu obtenir, on y entend le chef coutumier discuter d’abord avec le député Me Kamukuny, puis avec le député Kapongo.
Ils l’invitent l’un après l’autre à les rejoindre à Kananga pour leur faire connaître ses revendications. Kamwina Nsapu déclare: « Je fais tout pour rencontrer Boshab » – alors ministre de l’Intérieur et visé par les sanctions européennes annoncées ce 29 mai pour son rôle dans la crise kasaïenne – mais sans succès. « Anaclet » (Kamwina Nsapu précédent) « est décédé et Boshab sait pourquoi ». Ce dernier a exigé la reddition de Kamwina Nsapu avant 17h, ce que le chef coutumier refuse: « Je ne reçois pas ses ordres. Je suis prêt à mourir. Comme Boshab veut se glorifier de la mort d’Anaclet, il se glorifiera aussi de m’avoir tué. Je ne m’occupe pas de politique, qu’il me laisse tranquille. Je ne fais rien de louche, qu’il me laisse tranquille ». Kamwina Nsapu « refuse la proposition » – non précisée – des autorités. Et invite les députés à venir plutôt le voir dans son village.
Apparemment, c’est impossible en raison de barrages. Kamwina Nsapu assure que ce n’est pas le fait de ses hommes, mais de militaires et que des militaires ne peuvent empêcher des députés de passer. Il finit par accepter d’aller à Kananga si des casques bleus de la Monusco (Mission de l’Onu au Congo) viennent le chercher car « il n’a pas confiance dans les autorités »; « je ne suis pas un enfant pour venir me livrer ». Les députés acceptent et annoncent qu’ils le rappelleront « dans 15 minutes ». Fin de l’enregistrement.
La Monusco n’est jamais allée chercher le chef coutumier, qui a été tué par des militaires venus le capturer. Depuis lors, les cinq provinces du Kasaï sont touchées par les troubles et 1,4 million de personnes sont déplacées – alors que les hommes de Kamwina Nsapu, de pauvres paysans en révolte, n’ont pas les moyens de se rendre dans tous les lieux où des méfaits leur sont attribués.