samedi 8 septembre 2012
Botowamungu Kalome (AEM)
|
 |
|
|
Depuis le 7
septembre 1953, il a empilé, une à une, les années d’une vie
exceptionnelle par les événements personnels et professionnels qui
l’ont façonné. De l’insouciance et l’inconscience de l’enfance, Jossart
N’yoka Longo est passé très vite de la mélancolie due à la solitude aux
sommets de la musique congolaise aujourd’hui. Entre ces deux périodes,
le chanteur aura tout connu : la gloire, l’opprobre, l’empoisonnement,
des quolibets et une renaissance artistique inattendue aux cris de Vimba, Vimba, Pschiiiitttt !
Et revoilà le chanteur, le moral regonflé, l’éclat retrouvé et surtout
un homme plus que rasséréné et apaisé comme s’il venait enfin de
trouver le sens de la vie, comme s’il était enfin parvenu à donner un
sens à sa vie. L’ordre et l’enchaînement des coups durs expliqueraient
son état d’esprit. Retour sur cinq faits marquants de sa vie et de sa
carrière.
Très tôt, seul au monde
Entre un papa salarié à la prestigieuse société
Philips, une maman dévouée, attentionnée et une grande sœur qui le
couve, N’yoka Longo suit une scolarité exemplaire au Collège Boboto, le
collège catholique le plus prestigieux de Kinshasa. Mais très vite ce
cocon douillet va se dépeupler et la grande faucheuse emporter tour à
tour Papa, maman et yaya. Le jeune orphelin a dû expérimenter ce qu’il
y a de plus dur chez un orphelin : on t’offre la compassion, le gîte et
le couvert et, en retour, tu te crois obligé de le mériter en te
montrant serviable et parfois même servile. Il y aura, outre la famille
élargie, des prêtres qui vont prendre Jossart en main et faire son
éducation philosophique et religieuse.
Accusé et honni en 1988
Aussi inattendu que cela a dû paraître à l’époque,
N’yoka Longo va se bâtir une famille qui s’appelle Zaïko Langa Langa
alors que la musique des jeunes manquait de noblesse. La progression et
la stabilité de ce groupe l’obsédaient au point parfois d’en faire
presqu’une affaire personnelle. Et à ceux que cela surprenait, il
répondait qu’il a vécu avec les musiciens de Zaïko Langa Langa plus
qu’avec les membres de sa famille élargie : « Je les connais et ils me connaissent plus que mes oncles, tantes et cousins ».
Jossart a toujours vécu comme un déchirement chaque
scission de cet orchestre, même quand elle était inévitable et se
révélait au final salutaire. Mais la plus terrible fut la création, en
1988, de Zaïko Familia Dei accompagnée d’une campagne médiatique
impitoyable à son encontre. Le coupable parfait encaissa sans se
défendre jusqu’à quand il décida de me livrer longuement sa vérité à
Nsele où l’orchestre était interné pour éviter le naufrage et résister
à la tempête Machette Likwangola. La longue
interview publiée dans « Elima-Dimanche » était une première pour cet
artiste taciturne. Bien lui en prit car il donna à voir une générosité
et une droiture insoupçonnées. Outre l’affaiblissement de l’orchestre
juste quand il devait se produire au Zénith de Paris, N’yoka Longo
était meurtri de voir ses frères Bimi Ombale et Lengi Lenga quitter le
groupe comme il le dira avec rage lors des obsèques du premier cité,
plus de vingt ans après.
Breuvage assassin servi par une main au dessus de tout soupçon
À chaque fois qu’il en parle, l’émotion est palpable et
donne l’impression de ne pas toujours réaliser qu’un proche ait osé lui
faire cela : le bon vin blanc qu’il adorait, Jossart a dû l’avaler, un
soir à Kinshasa, assaisonné d’un poison carabiné qui ne devait lui
laisser aucune chance. La mort, pourtant réputée insatiable, se refusa
à lui. De quoi renforcer la foi de ce catholique pratiquant qui
s’abstient toujours de dénoncer son empoisonneur et envers qui il se
comporte comme si rien ne s’était passé.
Visa pour la prison
Par nécessité ou simplement tenté par l’argent facile,
N’yoka Longo va se retrouver accusé de trafic des visas. Cela lui
vaudra une longue détention provisoire dans une prison de Belgique. Sa
culpabilité n’était pas formellement établie mais des indices le
rendaient fortement suspect aux yeux d’un juge belge un peu rigoriste.
À sa sortie de prison, le chanteur va s’effondrer en larmes devant les
caméras d’une télé congolaise.
S’ensuivront un long séjour en Europe pendant lequel l’artiste perdit de son aura et de sa superbe même s’il réalisa la chanson Les 19 minutes de Ngwasuma devenue un must des soirées et fêtes congolaises et aussi un album de qualité RencontreS
sans oublier des concerts mémorables comme celui du 38ème anniversaire
de Zaïko Langa Langa à la salle Le Millénaire en région parisienne.
Face à la pluie des quolibets, il enfile la carapace d’une tortue
Après plus de six ans de séjour qu’il trouvait lui-même
interminable, les mélomanes congolais avaient déjà enterré Jossart
N’yoka Longo. Peu de gens le voyaient, en effet, relancer Zaïko Langa
Langa dans un contexte musical dominé par Koffi Olomide, Werrason et JB
Mpiana. Surtout que ces trois chanteurs ont imposé une musique qui est
ce que l’antéchrist est à Jésus. Jossart fera même l’objet de
railleries et de moqueries de la part de ses musiciens restés en
Europe. Internet leur servit de défouloir et de potence pour leur
ancien patron. Son honneur bafoué, sa dignité attaquée, l’intéressé va
pourtant connaître une renaissance éclatante : deux chansons d’ambiance
(génériques), deux reprises et la danse Mukongo ya koba vont rendre Kinshasa à Jossart et Zaïko comme on rendrait son royaume à un souverain auréolé d’une reconquête chevaleresque.
Retour à ses vraies valeurs
Est-ce la prison ou la pondération et la lucidité d’un
homme assagi par la force des choses ? Malgré l’euphorie d’une grande
popularité retrouvée et le fait d’amasser et de brasser des billets
verts toutes les semaines, à 59 ans, Jossart N’yoka Longo a remis sa
foi au cœur de sa vie et aussi de celle de son orchestre. Chaque séance
de répétition et chaque concert sont précédés d’une séance de prières.
Deux musiciens qui ont pris l’habitude de se soustraire à ces séances
ont écopé récemment d’une suspension. On peut trouver peu démocratique
le fait d’imposer sa foi à ses collaborateurs, mais comment ne pas
saluer la promotion qu’il fait, par ce biais, des valeurs universelles
comme l’amour du prochain, la générosité, la tolérance, l’humilité et
la repentance perpétuelle ?
|Botowamungu Kalome(AEM)